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L’entrepreneuriat peut être définis comme un « processus de conception et de lancement de nouvelles activités économiques. »

Ainsi, l’entrepreneuriat (et non « entreprenariat » malgré l’usage verbal plus commun) recouvre les activités qui concourent à la formation et à la croissance d’une entreprise, dont la conséquence première est la création de valeur (richesse, emploi). Cela peut aussi concerner des formes d’organisation sans but lucratif, par exemple dans l’entrepreneuriat social. Les formes d’entrepreneuriat varient selon le type d’organisation qui est mis en place. Par exemple : l’entrepreneuriat social et/ou culturel.

La compréhension que nous avons de l’entrepreneuriat doit beaucoup en réalité, à l’économiste autrichien Joseph Schumpeter, ainsi qu’à l’école autrichienne.

Pour Schumpeter (1950), un entrepreneur est une personne qui veut et qui est capable de transformer une idée ou une invention en une innovation réussie. L’entrepreneuriat conduit à une « destruction créatrice » dans les marchés et les secteurs de l’économie, parce que de nouveaux produits et modelés économiques arrivent et remplacent les anciens. Du coup, la destruction créatrice est à l’ origine du dynamisme industriel et de la croissance à long terme. Ainsi pour illustrer ce propos, l’on pourrait soutenir qu’Henry Ford, lorsqu’il s’établit en 1906 comme chef d’entreprise n’est pas un entrepreneur. Mais qu’il le devient plus tard en 1909, lorsque ses usines commencent à fabriquer la fameuse « Ford T » et font évoluer l’automobile vers le statut d’objet de consommation courante, et qu’il met en œuvre le système de la chaine de montage qui permet à la fois de baisser les couts de production et d’accroitre le débit de la production, ce qui ouvre la porte à la production de masse. Un autre exemple de véritable entrepreneur avec Alfred Krupp qui concentre verticalement ses entreprises, et met en pratique le nouveau procédé de fabrication de l’acier imaginé par l’anglais Henry Bessemer (voir son histoire).

A la lumière de cette pensée édifiante de l’économiste Schumpeter, nous constatons clairement que l’entrepreneuriat est un levier de développement, d’innovation  et de croissance économique. Par conséquent dans une économie en perpétuelle mutation, et vu la précarité de l’emploi, surtout des jeunes de moins de 35 ans ; nos autorités doivent mettre l’accent sur l’entrepreneuriat, et l’encourager fortement sous toutes ses formes. Pour ce faire, ils doivent mettre en place des structures pour la promotion de l’entrepreneuriat, des structures pour l’accompagnement des jeunes entrepreneurs, de la création jusqu’à la croissance de leurs entreprises. Et surtout, la création de fond d’accès au financement pour les PME. Parce que, une chose est de créer une entreprise, et une autre chose est de la faire réussir. Ainsi, pour Schumpeter « l’entrepreneur est certes motivé par la réalisation de bénéfices générés par les risques pris et la réussite. C’est pourquoi, l’entrepreneur est considéré des fois aussi comme un preneur de risque. »

A cet effet, d’autres penseurs partage la même pensée que Schumpeter. Pour Frank Knight (1967) et Peter Drucker (1970), l’entrepreneuriat consiste à prendre des risques. Pour eux, l’entrepreneur est une personne qui est prête à mettre en jeu sa carrière et sa sécurité financière pour mettre en œuvre une idée, à mettre son temps et son capital dans une entreprise risquée. Une autre définition de l’entrepreneuriat décrit le processus de découverte, d’évaluation et d’exploitation d’occasion. Ainsi un entrepreneur peut être défini comme « quelqu’un qui agit non en fonction des ressources qu’il contrôle actuellement, mais qui poursuit inlassablement une occasion » (Jeffry Timmons). Par contre, en 1985, Peter Drucker révise sa position, selon lui l’entrepreneuriat intelligent consiste à ne pas prendre de risques.

Dans la même année (1985), Gifford Pinchot III, introduit le terme d’ « Intrapreneuring » (traduit en « intrapreneuriat » en français) qui décrit les activités entrepreneuriales au sein même d’une grande organisation.

Pour Verstraet et Fayolle (2005), pour eux quatre (4) paradigmes permettent de cerner le domaine de recherche en entrepreneuriat, qui est :

  • La création d’une organisation (non réduite à la seule création d’entreprise, et que les expressions « émergence organisationnelle » ou « impulsion d’une organisation » étant plus appropriées).
  • La détection, construction, exploitation d’une occasion d’affaires.
  • La création de valeur
  • L’innovation

Notez bien, que ces paradigmes sont complémentaires, plutôt que dissociateurs.

Par conséquent ces deux auteurs proposent la définition suivante :

« Entrepreneuriat : Initiative portée par un individu (ou plusieurs individus s’associant pour l’occasion) construisant ou saisissant une occasion d’affaires (du moins ce qui est apprécié ou évalue comme tel), dont le profit n’est pas forcement d’ordre pécuniaire, par l’impulsion d’une organisation pouvant faire naitre une ou plusieurs entités, et créant de la valeur nouvelle (qui est plus forte dans le cas d’une innovation) pour des parties prenantes auxquelles le projet s’adresse » (p44).

Paturel (2007) quant à lui, propose une définition syncrétique de l’entrepreneuriat. Celui – ci « est à partir d’une idée, l’exploitation d’une opportunité dans le cadre d’une organisation impulsée, créée de toutes pièces ou reprise dans un premier temps, puis développée ensuite, par une personne physique seule ou en équipe qui subit un changement important dans sa vie, selon un processus qui aboutit à la création d’une valeur nouvelle ou à l’économie de gaspillage de valeur existante ».

Dans cette perspective, et étant donnée sa force de « destruction créatrice », l’entrepreneuriat est indissociable de l’approche projet.

  • Le terme « Entrepreneur » lui-même, recouvre différentes significations connexes mais distinctes :
  • L’usage courant l’assimile à un chef d’entreprise, tantôt porteur d’un projet d’entreprise en phage de démarrage, tantôt dirigeant d’une entreprise d’avantage établie, à laquelle le plus souvent il s’identifie étroitement et personnellement ;
  • L’entrepreneur correspond également à l’appellation donnée aux chefs d’entreprise de différents secteurs du bâtiment ou des travaux publics…
  • En droit, l’entrepreneur (ou maitre d’œuvre) désigne « la personne qui dans un contrat d’entreprise s’engage à effectuer un travail en réponse à la demande d’un maitre d’ouvrage.

Le présent article (livre) traite de la première acceptation.

  • La personnalité de l’entrepreneur, l’identification de l’entrepreneur à son projet d’entreprise ou à une entreprise établie explique le degré fort de son implication.

A la différence du terme d’homme d’affaires, le terme d’ « entrepreneur » laisse entendre que celui-ci est fortement investi matériellement et/ou moralement dans le développement et le déploiement de son projet. Il est en effet investi d’une mission de salut public. La réunion et la mobilisation de ressources pertinentes, ainsi que la volonté de pérennisation de celle-ci dans le cadre durable d’une organisation voire d’une institution.

Pour autant, des exemples abondent qui montrent que les qualités indéniables chez un « entrepreneur » ne coïncident toujours pas avec celles du « gestionnaire » :

  • Le premier est doté en principe du leadership et la vision en phase avec les enjeux et les risques.
  • Le second dispose normalement des vertus hautement nécessaires pour assurer la gestion au quotidien des revenus et des charges.

La forte personnalité de l’ « entrepreneur » souvent inséparable de l’entreprise qu’il a fondée ou relancée et pratiquant un leadership souvent sans partage, fait que sa disparition, lorsque la prise de relais n’est pas suffisamment préparée, entraine fréquemment une crise de succession dont les effets à terme peuvent être dévastateurs, surtout au moment où l’entreprise se sent « orpheline ». Il est donc utile de prendre en compte l’influence que la personnalité de l’entrepreneur exerce sur son entreprise.

Selon une étude du cabinet Ernst & Young, « on ne nait pas entrepreneur, on le devient ». Mais d’autres études soulignent que « les ¾ des entrepreneurs sont issus d’une famille d’entrepreneur ».

Beaucoup plus qu’un rentier-capitaliste, simple propriétaire des moyens de production.

  • Evolution de la vision de l’entrepreneur

Les caractéristiques dominantes de la personnalité entrepreneuriale ont évolué :

  • Les précurseurs : pour Richard Cantillon (1723), l’entrepreneur achète des produits et services à un prix certain pour le revendre à un prix incertain sur le marché, après défraiement des frais de transport.
  • Jean – Baptiste Say (1767 – 1832) fonde véritablement le concept et lui confère une consistance significative.
  • Marcel Broust utilise l’image glorifiée de l’entrepreneur pour décrire avec emphase un des personnages du roman « La Prisonnière » (1923) : « c’était un homme, un vrai, un entrepreneur ».
  • Joseph Schumpeter redonne a l’entrepreneur une place importante en le désignant comme étant ‘’ l’homme de l’innovation’’ :

Parce qu’il incarne et porte le pari de l’innovation, son dynamisme assure la réussite de celle-ci : « l’entrepreneur est un homme dont les horizons économiques sont vastes et dont l’énergie est suffisante pour bousculer la propension à la routine et réaliser des innovations ». C’est un véritable aventurier qui n’hésite pas à sortir des sentiers battus pour innover et entrainer les autres hommes à faire autre chose que ce que la raison, la crainte ou l’habitude leur dictent de faire. Il doit vaincre les résistances qui s’opposent à toute nouveauté risquant de remettre en cause le conformisme ambiant. L’entrepreneur est beaucoup plus qu’un chef d’entreprise, simple administrateur, ou gestionnaire.

 Dans une période plus récente, divers auteurs enrichissent le concept de plusieurs manières :

  • Busenitz et Barnej (1997) défendant le fait que les entrepreneurs sont susceptibles d’être trop confiants ou de généraliser trop facilement.
  • Cole (1959), définit quatre types d’entrepreneur : l’innovateur, l’inventeur qui calcule, le promoteur trop optimiste et le constructeur d’organisations.
  • Burton W. Folsom Jr. Distingue quant à lui ce qu’il appelle ‘’l’entrepreneur politique’’ qui cherche le profit pour son affaire en usant de son influence politique afin d’obtenir des faveurs et des accords avec le gouvernement, de ‘’l’entrepreneur de marché’’ qui cherche le profit sans mettre en jeu son influence.
  • David Mcdelland (1961) : l’entrepreneur est avant tout motivé par un besoin débordant de réalisation, par ‘’la nécessité de construire’’.
  • Collins and More (1970) : (étude du cas de 150 entrepreneurs) concluent qu’ils sont durs, pragmatiques et conduits par le besoin d’indépendance et de réalisation, et peu enclins à se plier à l’autorité.
  • Peter Drucker dans son ouvrage : les Entrepreneurs (1985), insiste sur l’innovation et l’esprit d’entreprise (entrepreneurship).
  • Bird (1992) : voit les entrepreneurs comme étant Mercuriels et imprévisibles, sujets à des intuitions, des activités cérébrales intenses, et des déceptions, c’est pourquoi ils sont ingénieux, plein de ressources, malins, opportunistes, créatifs, et sentimentaux.

Pour autant, l’entrepreneur crée de la valeur comme le salarié et comme lui il est aussi motivé par un ensemble de mobiles irrationnels dont les principaux sont sans doute la volonté de puissance, le gout sportif de la victoire et de l’aventure, ou la joie simple de créer et de donner vie à des conceptions et des idées originales.

Pour Schumpeter, le profit est la sanction de l’initiative créatrice des risques pris par l’entrepreneur. Cependant, cette conception est contraire aux économistes classiques qui font du profit la contrepartie des efforts productif (capital et travail) de l’entrepreneur, ce qui  est plutôt celle du chef d’entreprise. Elle est également contraire à la conception marxiste, qui place l’origine du profit dans la confiscation de la plus-value, c’est-à-dire l’appropriation d’une partie du fruit du travail des salariés, là on trouve plutôt le rentier-capitaliste.

In fine, retenez que : L’ensemble des entrepreneurs d’un même pays forme l’entrepreneuriat !

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About Modibo Kane

Modibo est un jeune entrepreneur malien.Titulaire d'un Master en Management Juridique et Fiscal. Il est aussi Alumni du Centre Régional de Leadership YALI-DAKAR au programme Business & Entrepreneurship. Membre du Réseau YALI et de AFRICTIVISTE.

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